• Selon Goigoux, un guide "d’inégale valeur sur le plan scientifique"

    Je viens de lire un article très intéressant qui me conforte bien dans mon idée de poursuivre la manière dont j'enseigne à mes CP.

    Selon Goigoux un guide "d’inégale valeur sur le plan scientifique"

    Vous pouvez retrouver l'intégralité de l'article ici.

     

    Je vous livre là quelques extraits qui me paraissent importants :

     

    Loin des réalités du quotidien des classes, les rédacteurs semblent oublier que les élèves de CP sortent de l’école maternelle où ils ont appris à lire et à écrire ces mots. --> ENFIN quelqu'un qui reconnaitre l'utilité de la maternelle.

    Ce guide, incluant une "leçon-modèle" très détaillée, laisse entrevoir un retour aux pratiques de formation des écoles normales d’instituteurs et d’institutrices dont la fonction était précisément de dire la norme. Le métier de professeur des écoles n’en sort pas grandi. 

    Le guide formule des conclusions abusives et comporte des oublis importants, par exemple sur l’écriture et la compréhension. 

    Il y a un consensus sur la nécessité d’un enseignement explicite des correspondances graphèmes-phonèmes, d’un entrainement au déchiffrage et à la lecture à haute voix et sur l’importance des activités d’écriture. Mais la méthode syllabique n’a pas le monopole de la concrétisation de ces exigences.  

    Ne jamais proposer des mots qui ne contiennent pas le graphème de la leçon du jour et de toutes les leçons précédentes" (p. 32) obligerait, par exemple, les enseignants à supprimer de leurs affichages muraux à peu près tout ce qui s’y trouve aujourd’hui. Les interdictions de faire mémoriser des mots entiers, de procéder par analogie et de prendre appui sur le contexte conduiraient les maitres à brider la curiosité et le raisonnement de leurs élèves, c’est-à-dire à faire le contraire de ce que les sciences cognitives recommandent unanimement. Il aurait été si simple d’en rester à une mise en garde des enseignants contre les outrances d’un enseignement pseudo-constructiviste et de leur proposer de meilleurs dosages entre activités.

    Espérons, par exemple, que les inspecteurs n’imposeront pas à tous la caricaturale "leçon-modèle" décrite avec force détails pages 65 à 74 du guide et extraite du manuel "Je lis, j’écris". Comment pourraient-ils défendre que les élèves accèdent au plaisir de la lecture en enchainant des leçons construites sur les énoncés suivants ? Leçon 5 : Lassé Issa s’assit. Il salua Ulysse. 6 : Assis sur le sol Élie a réussi à lire. Il rassure Lola. 7 : Une nuit, la lune a lui sur la rue. La sirène a sonné à l’arsenal. 9 : L’ours Raoul a roulé sous le lit. La lune rousse, sur l’allée, sourit et nous rassure. 10 : Une sole séchée allèche la sourisCes énoncés illustrent les conséquences néfastes de l’un des principes de la méthode syllabique radicale. N’utiliser que des mots entièrement déchiffrables oblige les auteurs de manuels à juxtaposer des énoncés sans aucune cohérence textuelle et mobilisant un lexique rare. 

     

    Les pratiques des maitres efficaces ont-elles des caractéristiques communes ?(l'effet-maitre contre l'effet-méthode)

     

    Ils sont déterminés et confiants dans les capacités de leurs élèves. Dans les classes des maitres "efficaces" que nous avons observés, la pédagogie est active, le climat de classe est serein, propice aux apprentissages d’élèves fortement engagés dans les tâches proposées.

    Les procédures cognitives mobilisées sont explicitées avant, pendant et après leur utilisation. La planification de l’étude du code est réalisée sur un rythme soutenu et les textes soumis aux lectures collectives puis individuelles sont suffisamment déchiffrables (75 % environ des graphèmes ont été préalablement étudiés). L’écriture sous toutes ses formes joue un rôle capital.

    La lecture à haute voix est fréquente et variée, la fréquentation de la littérature de jeunesse est régulière tout au long de l’année. Dans ces classes, l’apprentissage de la lecture et de l’écriture est considéré comme une aventure intellectuelle passionnante qui sollicite et stimule l’intelligence et le raisonnement enfantins.

    Les élèves sont incités en particulier à chercher à comprendre les liens qui unissent l’écrit et l’oral, la lecture et l’écriture.

    Ils raisonnent sur des faits de langue comme la ponctuation ou les accords en genre et en nombre. Au début du cours préparatoire, les enseignants incitent leurs élèves à faire feu de tout bois pour identifier les mots, à évaluer la qualité de leur déchiffrage en prenant appui sur le contexte et à procéder par analogie pour décoder et pour encoder des mots. L’énoncé que nous avons le plus souvent entendu dans la bouche des élèves de ces classes est : "c’est comme dans …". Par exemple lorsqu’ils remarquent que lundi, mardi et jeudi se terminent par la même syllabe orale et par les mêmes lettres pour en déduire que D-I fait [di]. Ou qu’ils entendent [Ã] au début du prénom d’Antoine et à la fin de "dans" avant de déduire de la comparaison des mots écrits quelles lettres transcrivent ce phonème.

    L’analyse et la déduction, guidées étroitement par l’enseignant, n’ont rien à voir avec le "jeu de devinette" auquel le guide associe les approches analytiques qu’il caricature et disqualifie.

    C'est cette enseignante que j'essaye d'être, comme beaucoup. C'est cette enseignante que j'aime être. Mais tout cela, j'avoue, me fait un peu peur ...


  • Commentaires

    1
    soizic46
    Samedi 12 Mai à 15:25

    AH!!!! Luccia...Merci... tu me rassures!!! J'ai bien fait d'aller faire un tour sur ton site par ce temps pluvieux car après la lecture du guide, je me posais beaucoup de questions. Surtout pour les GS. Tout ces mots du répertoire de classe qu'ils sont si fiers de lire ("discriminer visuellement" soyons pro!) mais pour eux, c'est de la lecture et de la  fierté de lire ou d'écrire une phrase comme les grands avec des étiquettes mots. Je me suis dit en lisant le guide : "alors? c'était une erreur, je ne dois plus faire cela avec eux? Juste de la phonologie et les alphas? Plus de petits mots à reconnaître par coeur? Plus d'exercices de réflexion sur ces petits mots: "Maxime ...ça commence comme maman, par le monstre, donc c'est un m, etc..." J'avoue que je me remettais sérieusement en question, surtout après 17 ans de GS/CP!!! Avais-je pendant 17 ans utilisé des méthodes condamnables avec mes GS et mes CP?  OUF!!!! Je vais pouvoir laisser les belles affiches de mots de nos albums!!!!

      • Marie
        Dimanche 13 Mai à 08:54

        Soizic, ne culpabilisez pas. Ne remettez pas en cause à fond vos pratiques parce qu'un guide ministériel est sorti. Depuis que j'enseigne j'en suis à la 5ème réforme et est ce que cela a fait avancer le schmilblic? NON. J'enseigne au CP depuis plusieurs années et je continue à remercier mes collègues de GS qui font un boulot remarquable pour que nos petits élèves entrent dans la lecture écriture. Merci du travail que vous fournissez en maternelle.

         

      • Marie
        Dimanche 13 Mai à 09:10

        Luccia, encore un grand MERCI pour les informations que vous mettez sur votre site. Je suis enseignante au CP depuis quelques années et je n'utilise pas de manuel et je n'ai pas l'intention d'en utiliser. J'ai créé ma propre méthode que j'améliore encore et encore au fil des années, en fonction de mes élèves et de mes trouvailles pédagogiques. Je suis passionnée par mon boulot mais ce qui me pèse ce sont ces grands êtres pensants qui n'y connaissent rien aux pratiques de classe. Qu'ils viennent enseigner la lecture et l'écriture dans une classe de CP avec 27, 28 ou 29 élèves comme c'est le cas dans notre école et on en reparle !!! Merci à l'analyse de  Roland Goigoux que je trouve toujours aussi pertinent. 

         

         

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